La ligne de Crête

Le premier tour est passé. Le Front de Gauche a mené tambour battant une belle campagne, autour de son « programme partagé ». Si cette nouvelle force n’a pu voler la vedette au Front National, « l’humain d’abord », parti des tréfonds sondagiers qui le plaçaient à quelques pour-cents, a réuni plus de 11% des électeurs, du jamais vu à gauche du PS depuis plus de trente ans. Pourtant, ni les partis ni les éditocrates ne lui ont fait de cadeaux, à ce Front de Gauche. On a eu droit à tout : la comparaisons à Le Pen, à Pol Pot, aux cinglés de Nuremberg… Cette duperie n’a pas vraiment marché. En dernier recours, on a voulu voir dans le vote Front de Gauche un vote bobo : perdu, les bureaux de vote d’Aubervilliers, Saint-Denis, de la Goutte d’Or, s’il ne fallait citer que les voisins, ont démontré que l’électorat de Jean-Luc Mélenchon commence à trouver un écho substantiel dans les quartiers populaires.

Ce qui a manqué, nous le devons aussi peut-être au vote dit « utile », puis « efficace », brandi avec plus ou moins de bonne foi par le parti socialiste. J’ai dans mon entourage un bon nombre de militants ou de sympathisants PS avaient de fortes sympathies pour le programme du Front de Gauche, mais ont choisi ce vote socialiste, qui leur semblait plus réaliste tactiquement. Je ne leur en tient pas rigueur, car c’est de bonne foi, pour beaucoup, qu’ils ne se réveillent qu’au cours des échéances électorales. Qu’on prend alors soin de leur expliquer, dans la fureur des campagnes, que le temps de la réflexion est passé, qu’il faut être « utile », « efficace ». Amis socialistes qui portez à cœur la gauche, puisse que vous le dites et que je vous crois, mettez donc à profit cette longue période hors campagne qui commence cet été pour vous interroger sainement sur les limites de l’ « efficacité » à tout crin, sur les finalités des batailles, sur les programmes, en somme. Pour notre part, nous avons la difficile tâche de bâtir une force autonome dans un contexte de bipartisme institutionnalisé.

Comment s’y prendre ?

Il nous faut tout d’abord chasser Nicolas Sarkozy, et ce sans contrepartie. Notre rejet viscéral du Sarkozisme n’a besoin d’aucun ministère à négocier. Il tient de notre cohérence de gauche, mais aussi, de façon plus intime et poétique, d’une forme de parole donnée dans l’histoire. C’est une question d’honneur autant que de politique : participons à cette lutte contre une droite qui va jouer plus ouvertement encore qu’hier avec les idées des fachos d’à côté.

En second lieu, il nous faut structurer, consolider la force militante qui s’esr créée. Il y a, bien sûr, l’horizon des législatives, lors desquelles nous aurons à cœur d’envoyer à l’assemblée un maximum de députés pour faire écho à nos luttes et faire vivre nos propositions. A ce sujet, et en toute autonomie, rien n’empêche les discussions de gré à gré (et non de grande boutique à filiale) entre le PS et nous sur les circonscriptions où la gauche risquerait d’être absente du second tour. Nous l’avions proposé dès la campagne. Il y va de notre intérêt à tous : qui à gauche à réellement envie d’être convié à un lamentable deuxième tour UMP/FN ?

Structurer, consolider, c’est aussi faire vivre, pendant et surtout hors la campagne, nos convictions. C’est se retrouver nombreux le premier mai pour faire comprendre aux réacs et aux fachos que ce jour, depuis Haymarket et Fourmies, est la fête des travailleurs, unis dans cette dignité. Honte à ceux qui cherchent à diviser par les plus vils sentiments les travailleurs réputés « vrais » ou « faux ». Honte à ceux qui veulent diviser les travailleurs en les dressant les uns contre les autres selon leur origine.

Structurer, consolider, ce sera dans un second temps trouver avec les organisations, avec les fronts des luttes, avec ceux qui les ont rejoint, les modalités de maintien d’une dynamique féconde. Que faire de cette force nouvelle ? Ce sera la question.

A ce sujet, j’évoquais le militantisme qui ne se retrouve que lors des échéances électorales ; c’est là la maladie de ceux qui pensent que la forme parti est l’alpha et l’oméga de l’engagement. Montrer la pertinence de nos idées, cela passe aussi par une solidarité active avec les luttes de terrain, et elles seront nombreuses quelque soit le gagnant de cette élection.

Car en conclusion, c’est bien là le problème : le libéralisme imposé en Europe est un fléau contre lequel nous resterons l’alternative combattante. A nous de nous maintenir sur cette ligne de crête entre les deux précipices de la satellisation au jeu politicien d’une part et de l’oubli de notre force d’autre part. A nous de maintenir haut et vivace le foyer des luttes. Le combat n’est pas fini : il vient juste de commencer.

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