Dette: la mollesse m’a tuer

En faisant de l’autre gauche la deuxième force du pays, les grecs nous envoient un message très clair : la stratégie d’austérité prônée par la Troïka, et appliquée hier chez eux par l’improbable et déshonorant attelage Parti Socialiste / Nouvelle Droite / extrême droite, est un profond échec politique. Mieux que d’autres, les Grecs l’ont compris : cette dette est un braquage de haut niveau.

 

Les étapes en sont connues :

Étape 1 : l’état décide de s’endetter sur les marchés et non plus auprès de sa Banque Centrale. Cette décision fut prise dans notre pays sous l’impulsion Giscard/Pompidou.

Étape 2 : le Thatchéro-Réganisme à retardement touche nos pays continentaux dans les années 90/2000. On baisse les rentrées fiscales de l’état, et en particulier celles qui gêneraient les capitalistes aux entournures. Notre droite nous a gratifié sur ce thème de mesures des plus folkloriques : bouclier fiscal, niches en tous genres, abattements fantaisistes de cotisations patronales…

Etape 3 : c’est la crise. Les spéculateurs se sont gavés, présentent l’addition, toujours plus salée que la dernière fois. On met en circulation des liquidités pour éviter le naufrage.

Étape 4 : On constate une dette. Il convient alors, en bon libéraux, de nier que cette dette est majoritairement due aux intérêts cumulés (étape 1) et aux baisses d’entrées fiscales (étape 2). Non : ce qu’il faut, c’est mettre un frein à toute politique sociale, à toute dépense en direction des plus pauvres. Il faut démanteler le bien public et le vendre à la criée, baisser les pensions, selon les bonnes vieilles politiques ultralibérales du FMI vous savez cette instance que dirigea DSK  qui n’ont jamais rien guéri. Manque de pot pour les plus pauvres, les services publics sont justement le patrimoine de ceux qui n’en n’ont pas…

Etape 5: de bonnes âmes se rendent compte que l’austérité est en contradiction avec la relance qui permettrait justement d’essayer de rembourser les terribles dettes et de sortir de la crise. Il faut de la croissance, disent-ils. Nous en sommes à cette étape. Et que vont proposer en chœur les marchés, le gouvernement fédéral Allemand, la droite européenne, les sociaux libéraux, la commission pour « relancer dans l’austérité » ? Ce n’est un mystère pour personne, ils vont tout simplement parler, lors de la future renégociation des traités, d’ « air » à apporter aux entreprises, de plus de compétitivité et de flexibilité.

A chacune de ces étapes, le capital gagne, le peuple perd.

Les marchés encaissent les intérêts des emprunts d’état sur notre dos (étape 1), jouissent d’une fiscalité basse au détriment du bien commun (étape 2), sont à la source de la crise (étape 3), bénéficient de l’arrêt des politiques sociales, achètent quand c’est possible au rabais les biens publics privatisés (étape 4), et vont venir d’avantage tondre les travailleurs par des mesures dites « de compétitivité » (étape 5).

Et on voudrait que ce soit « notre » dette ? Alors que le capital est à l’origine de la crise, il faudrait rembourser en « compétitivité » ? Alors que les capitaux s’évadent par milliards, on vient nous chercher des poux sur les RSA ? Le vol, la fraude, nous savons tous de quel côté ils se trouvent.

Le capital, mieux que jamais, a privatisé les bénéfices et socialisé les pertes.

Les politiques d’austérité n’ont jamais marché ; citez donc un pays en crise qui s’en soit sorti de cette façon. Demandez par contre aux argentins, aux islandais si pour s’en sortir ils ont obéi aux consignes du FMI, s’ils ont remboursé en saignant leur peuple.

C’est cela qu’il faut que la gauche dans son intégralité comprenne. Parler encore d’austérité pour aller rassurer les marchés, accepter le deal « relance contre compétitivité », ce serait nous livrer plus encore aux desiderata du capital. Or, il existe des solutions, qui, il est vrai, demandent un certain rapport de force avec les puissances de l’argent : un audit de la dette, une demande de réorientation de la BCE vers des missions naturelles de financement direct des économies, et le bras de fer avec les banques pour des taux bas, une vraie lutte contre l’évasion fiscale et les paradis fiscaux. Nous avons évoqué tout cela lors de la campagne du Front de Gauche.

Il va sans dire que rien dans le programme, dans les actes et dans les dires du « not dangerous » futur Président de la République n’est à ce titre rassurant. Il faut, face au capital, une gauche de radicalité concrète, une gauche qui ne s’abstient pas mais soit force de proposition quand les marchés viennent nous dépouiller. Il faudra faire jouer l‘assurance-gauche pour peser contre les politiques sociales-libérales qui nous enverront dans le mur.  C’est donc aussi pour cela qu’il faudra en juin envoyer un maximum de députés « front de gauche » à l’assemblée.

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