Au (pied du) mur des fédérés

A Nath, à Flo, à Tom.

A Doatéa.

« Pourquoi cherchez-vous le Vivant parmi les morts? » Lc-24, 1-6

C’est comme ça, et c’est pas autrement : fin Mai, on monte au mur.

Au mur des fédérés.

C’est la tradition : on commémore à notre façon la fin de la commune, son écrasement par les Versaillais, les derniers combats au cimetière du Père-Lachaise. On se retrouve avec les copains, drapeaux rouges, temps des cerises, l’internationale, les œillets à la boutonnière, tout le Saint-Frusquin. Cette année, j’y suis allé avec ma petite famille, poussette tout terrain à l’épreuve des pavés, et petits-suisses au cas où on devrait nourrir ma Pantagruelline au milieu des allongés. J’ai pris quelques cerises, quand même, pour les camarades, on n’est pas des sauvages. Et puis on est remonté, suivant grosso-modo le triste chemin qui mène de la dernière mairie tenue par les communards, celle du Onzième, jusqu’à l’endroit où les 140 derniers gonzes se sont fait fusiller, au mur des fédérés. C’est dire si le quartier suinte l’histoire ouvrière en général, et de la Commune en particulier.

Qu’est-ce qu’on fout là?

Mais, sur le chemin, les promeneurs s’en tapent un peu et on les comprend, il fait beau, je ne leur en veux pas. Du coup, on peut vraiment se poser la question de ce qu’on fout là, en haut du cimetière, par ce beau samedi. On est quelques centaines, avec nos drapeaux, nos fleurs, entre les tombes des macchabées rouges célèbres des deux derniers siècles, alors qu’il fait beau comme jamais après ce début de printemps merdique, m’en parlez-pas, y’ a plus de saison, et puis vous avez vu le prix des cerises, ma pov’dame, les neiges d’antan, tout ça…

Y a là un comité de femmes iraniennes, l’association des amis de la commune, des anars, des « maos » en goguette, des gueules de syndiqués-barbes-en-colliers à l’ancienne, des copains des différentes chapelles. Tiens voilà l’ami Thomas, et ici, Michael « el costumado », et puis là, c’est « cri du peuple », qui tchatche ma femme sur la révolution tunisienne, et puis y a Arthur sans sa Tourtel…  J’arrête là, parce que ça va vite ressembler à la montée des marches de Cannes version partageux, si on continue le « nayme-dropingue ». Ils sont tous là, les copains, même si ça ne dit toujours pas ce qu’on y fout tous, près de ce mur. Les organisateurs commencent à lire la liste de la cinquantaine d’orgas qui sont là…c’est putain d’long… Cecile Duflot et EELV se font un peu huer, le PS aussi, c’est pas Joly-Joly, mais bon, on ne sait pas vraiment qui blâmer.

On chante l’internationale, enfin je la beugle un peu. Les gens vont déposer des fleurs, c’est choucard. Mais, faut avouer, si ce n’était que ça, ça chlinguerait un peu le formol par moment. J’ai l’impression que ça arrange pas mal de monde, finalement, que ces encombrants communards soient six pieds sous terre. Que certains viennent d’avantage constater le décès de la commune que la célébrer.

« laissez moi chanter Pottier »

Revenez-donc 141 ans en arrière : alors que les Versaillais déglinguent au chassepot les derniers insurgés, se clôt dans le sang un temps unique de l’histoire de l’Humanité. Ni l’exil de Louise Michel, ni l’érection ignoble du Sacré-Coeur ne nous feront oublier ce que les Versaillais ont voulu effacer en flinguant 30 000 des nôtres : la Commune de Paris. Le partage des richesses, du temps de travail, les droits des femmes… la Commune avait pris le par(t)i de réaliser la pleine révolution tous azimuts, de renverser l’ordre des tyrans. Mais, comme disait Jean, « laissez moi chanter Pottier », vous verrez, tout y est :

« Du passé, faisons table rase,
foule esclave, debout, debout !
Le monde va changer de base,
nous ne sommes rien, soyons tout »

Trainée de poudre

Voilà ce qu’on fout là : on vient, avec ceux qui veulent que le monde « change de base », se souvenir de « nos » morts, bien sûr. Mais on vient surtout dire que la Commune est vivante. Qu’elle est l’amorce de la traînée de poudre qui parcourt nos temps, qu’elle nous rappelle qu’il faut se lever, qu’il faut prendre parti, qu’on y laisse des plumes, mais que la révolution est là, qu’elle rejaillit toujours, qu’elle continue d’irriguer nos rêves, nos actions, qu’elle nous appelle.

Le message de la commune est on ne peut plus vivant, et il ne s’agit pas de venir se donner bonne conscience, d’agiter nos drapeaux pour mieux finir de clouer le cercueil de ce qui fut un temps magnifique de notre histoire politique. Il s’agit plutôt de s’en imprégner, d’assumer cet héritage et de le faire vivre. La commune n’est pas le parc à thème de ceux qui se cherchent des ancêtres communs pour justifier leurs retournements de veste. Elle est le signe inouï que nous ont laissé les anciens pour nous inviter au dépassement. Alors, ne lâchons rien !

Vive la Commune !

PS : allez-donc lire le joli billet de mon copain du « Cri du Peuple » à ce sujet. J’attends avec impatience son essai ! Et je me joins à lui pour demander qu’on fête aussi officiellement ldébut de l’insurrection tous les 18 mars!

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7 réflexions au sujet de « Au (pied du) mur des fédérés »

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