De l’utopie, ici et maintenant

« Look around
Believe in what you see
The kingdom is at hand
The promised land is at your feet
We can and will become what we aspire to be »

Tracy Chapman, « Heaven’s here on earth »

Les militants tractent, manifestent, courent les AG, et la guerre de classes continue. Les militants parlent, collent des affiches, livrent « la luttent obstinée de ce temps quotidien », et la justice ne vient pas. Les militants usent leur santé, acceptent la discipline de parti, prêchent dans le désert, avalent des couleuvres, et le grand soir se fait attendre.

Rivés à nos postes de combat, que deviendrions nous, si nous oubliions le goût de paradis qui nous tient encore debout ? Pensez-vous que nous puissions continuer à gueuler les pieds dans la merde avec la seule et vague promesse de lendemains qui chantent ?

PARADISE NOW

Le Paradis, non-dit politique entre camarades, nous en avons rêvé, et nous l’avons même vécu par instants fugaces. Oui, ce pique-nique avec des sans-papiers et des passants organisé sous les fenêtres du QG de Sarkozy en 2007, c’était une petite miette d’utopie, de générosité, une épaisseur dans le présent, qui m’a tenu debout. Oui, la lecture de textes anarchistes, « old school » comme plus récents, m’a forgé politiquement, intellectuellement bien sûr, mais aussi et surtout dans l’ordre du Désir. Quoi ? il faudrait que, devenu « militant sérieux », je rejette ce qui m’a donné de la joie dans la vie comme dans les livres ?

M’attelant à la lecture du « Bolo’Bolo » de P.M, texte de 1983 qui dessine une joyeuse utopie punkisante pour l’après-capitalisme, me souvenant des lectures d’Hakim Bey, de Vaneighem, je me suis récemment demandé ce que j’avais fait de ma jeunesse, maintenant que j’ai la gorge liée par le « centralisme démocratique ». Quelque chose en moi, toujours de l’ordre du Désir, refuse le militantisme de ressentiment et laisse la part belle au rêve.

 GRATUITE

Or il existe un chemin entre la froide action politique quotidienne, nécessaire face à l’injurieuse absurdité de l’injustice, et le paradis communiste, que je ne veux pas reléfuer aux lendemains qui chantent. Il consiste à grappiller, de notre vivant, de « petits bouts de socialisme », comme le dit Paul Ariès dans son « socialisme gourmand », à peupler les zones d’autonomie temporaires, éphémère lézardes dans les murs de l’Empire décrites par Hakim Bey. Chaque pas vers la gratuité, vers la convivialité, est ainsi un pan de plus libéré de l’emprise marchande, une pépite de fraternité.

« Gratuité » : le mot est lâché.

Oui, l’élargissement de la gratuité est une nécessité politique et un horizon progressif vers le socialisme. Et c’est, à chaque fois, un véritable choix politique qui s’impose : une Ville préfère-t-elle la gratuité du stationnement, ou celle des repas scolaires ? Celle des premiers mètres cubes d’eau ? Des transports urbains à l’énergie, du logement aux frais de service funèbres, chaque espace rendu à la gratuité nous fait plus égaux.

CONVERGENCES

Je suis fier du fait que, malgré les divergences avec certains camarades, Paul Ariès ait accompagné la campagne du Front de Gauche en 2012. Parce qu’en rejoignant l’ « humain d’abord » de notre campagne, il a jeté un pont entre les courants décroissants et notre force politique. Parce que son approche de la gratuité et son socialisme gourmand nous apportent un peu de fête, un peu de paradis accessible, la joie profonde de la révolution en chemin et la théorisation d’avancées possibles, de transitions.

C’est ainsi, pour avancer, il nous faudra construire autant que subvertir, combattre autant qu’imaginer. De la joie, autant que de la force.

Et cette joie, pour tenir en ce moment, camarade, nous en avons grandement besoin.

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