Le jour où Hollande s’est tu

Il est des silences qui pèsent lourd. Celui de François Hollande devant le « Croissant » à l’occasion du centenaire de la mort de Jaurès en fut un.

Devant une rue vidée par ses services de sécurité, entouré des officiels de circonstance, François Hollande s’en est donc tenu hier à une liturgie silencieuse, alors même que la politique de l’exécutif bruisse des coups de marteaux destinés à clouer définitivement le cercueil de l’espoir Jaurésien.

Quel contraste avec les interventions ultérieures des forces de la gauche de gauche, venues remettre les mots de Jaurès à leur place quand on les a tant détournés !

Mais que diantre avait en tête l’équipe de communication du Président en proposant cette navrante pantomime quand les mots de Jaurès nous crient leur actualité?

Peut-être a-t-elle jugé qu’il ne fallait pas renouveler l’expérience d’avril dernier à Carmaux, lors de laquelle le président de la république fut hué alors qu’il venait commémorer le grand homme. Une partie du public avait alors peu goûté la manœuvre et les grosses ficelles d’une nième tentative de récupération de Jean Jaurès par ceux-là même qui pratiquent une politique en désaccord total avec son message. Peut-être nos communicants ont-ils eu la lucidité de penser que, au vu de la politique actuelle, tout discours serait déplacé et ne ferait que mettre en lumière la terrible dissonance entre ce que fait François Hollande et l’idée même de gauche.

Silence donc.

Mais à quel prix ?

On savait que l’exécutif n’entendait plus depuis belle lurette les appels à une politique de justice sociale venus de toute la gauche, de son électorat lui-même. A cette surdité d’un monarque républicain isolé vient s’ajouter son silence assourdissant en pleine commémoration du père fondateur de la gauche française. Il faut croire que le président et la gauche n’ont plus grand-chose à se dire. Il faut croire que cette rue vide dans laquelle François Hollande se taisait est à l’image du fossé qui le sépare du peuple.

Et ce silence, par contraste, met en valeur de façon éclatante la parole des mouvements de la gauche de gauche. Ces derniers jours, les personnalités du front de Gauche (dont Jean-Luc Mélenchon) ont, chacune à leur façon, célébré la parole vivante de Jaurès, l’actualité de son exigence de justice sociale et de paix et fustigé sa récupération.

 Le voilà le prix de ce silence.

C’est ainsi, la communication, fut-elle présidentielle, ne peut pas tout. Quand, en dépit de ses engagements, le pouvoir décide de se passer lui-même les menottes de l’impuissance politique, quand tant de temps et d’énergie ont été voués à vider la parole politique de toute substance, ni l’ « incarnation » ni les grands-messes du souvenir ne peuvent grand-chose.

Mais laissons François Hollande à ses problèmes d’image, car le temps viendra bientôt où, pour étayer son bilan bien maigre, il ne suffira plus d’aligner les bons mots et les jolies photos. En effet, le compteur tourne, qui voit simultanément les élections de 2017 s’approcher et les promesses du candidat Hollande s’évanouir une à une.

Nous savons bien que la stratégie Hollandaise consiste à laisser filer la crise politique pour se retrouver au second tour face au Front national et gagner alors par le « rassemblement ». Stratégie incertaine et à tous points de vue irresponsable, à laquelle, j’en suis sûr, la gauche de gauche opposera un tout autre message. Celui du cruel décompte des coups de canifs mis au contrat qui liait Hollande avec son peuple, avec le monde du travail. Celui, aussi et surtout, de propositions de Gauche, qui ne manqueront pas de faire bruyamment irruption face au silence que le pouvoir nous promet.

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2 réflexions au sujet de « Le jour où Hollande s’est tu »

    1. dareljedid Auteur de l’article

      Ah, mais merci de le faire.
      Mon billet était une réaction rapide, pas une analyse de fond sur Jaurès. Mais tu fais bien de rappeler l’essentiel.

      Répondre

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