Du Plan B au DiEM25: Agir

L’Europe est malade.

Sclérosée par une double atteinte, celle d’un capitalisme financier cyniquement porté au sommet par une partie des sociaux démocrate de façade et par les libéraux historiques, et celle d’une défiance du peuple, qui la fait sombrer dans une absence flagrante de démocratie. Ces deux maux sont liés : les libéraux sont nombreux à croire les marchés plus efficients que la démocratie, et l’opacité des prises de décision favorise les affaires d’une oligarchie toujours plus vorace.

 

Nous voici donc passés des riantes affiches scolaires de mon enfance qui chantaient l’amitié entre les peuples européens à la gribouille sinistre d’une Union au service du Capital, sans contrôle populaire, et jouant la compétition entre pays. Il devient donc urgent de poser cette double question de l’avenir démocratique et du bien commun en Europe.

 In or out? Echelle de mobilisation nationale ou continentale?

Plusieurs courants, au sein de la gauche et de l’écologie, proposent des scénarii différents pour y répondre. La divergence principale de vue en étant résumable aux questions suivantes : faut il rester dans l’Union et essayer de la transformer ou bien le salut passe-t-il par une sortie potentielle de ses traîtés de l’UE ? et l’action doit elle passer par les cadres nationaux ou se faire à l’échelle de l’Union ?

 

Autour des figures de Jean-Luc Mélenchon, Oscar Lafontaine, Zoe Konstantopoulou et d’autres « pointures » politiques du refus de l’Austérité s’est formalisé un projet de transformation au regard des traités européens. Sous le nom plein d’espoir de « plan B », ce rassemblement propose une stratégie à double détente : dans le cadre d’un « internationalisme concret », c’est à dire de mobilisations d’échelle nationale mais oeuvrant de concert à une alternative géopolitique internationale, le « plan B » propose de lutter dans un premier temps dans le cadre existant de l’Union à une modification des traîtés (« plan A ») tout en ayant dans la poche un « plan B » (dont la définition est un des objectifs du mouvement, et qui serait à vocation d’alternative comme d’arme de dissuasion dans les rapports de force) constitué d’outils reposant sur la désobéissance unilatérale aux traités.

 « Sortie sèche »

Sur le fond, deux visions cohabitent au sein de plan B, entre les militants et intellectuels soucieux de laisser effectivement sa chance au « plan A » et ceux qui prônent d’entrée une sortie de l’Euro (dans le sillage de F. Lordon et O. Lafontaine). Cette porte ouverte à ces deux visions attire de fait les camarades les plus eurosceptiques , fraction grandissante au sein d’une gauche écoeurée par les menées et visées de l’Union.

 

Un autre mouvement entend se battre pour plus de démocratie en Europe et pour l’intérêt général européen. Le « Democracy in Europe Movement », fondé entre autres par l’ancien ministre des finances Grec Yannis Varoufakis propose la fondation d’un mouvement paneuropéen à spectre plutôt large (à même de fédérer les sociaux démocrates keynésiens, les différentes nuances de la gauche de gauche et les écologistes et les activistes des libertés en Europe) autour d’un agenda d’actions d’ici 2025 (d’où son nom, DiEM25).

 

La plateforme DiEM25 a d’ores et déjà mobilisé l’appui de personnalités politiques, militantes et artistiques d’horizons divers, de proches de J.Corbyn à Ada Colau, maire de Barcelone, de cadres de Die Linke à ceux des Verts Anglais, de militants de Blockupy à des syndicalistes d’IG METAL, de Julien Bayou (EELV) à Noam Chomsky, de James Galbraith à Brian Eno, de Ken Loach à Slavoj Zizek…

 Transparence

L’actualité pour le DiEM25, en plus de l’éclosion de groupes militants dans les différents pays de l’union, c’est sa campagne pour la transparence en Europe, condition nécessaire à une action civique éclairée, par et pour les citoyens (vous y trouverez notamment une pétition que je vous invite à signer). Yannis Varoufakis a fait les frais en 2015, et avec lui le peuple grec qu’il représentait dans les instances, de l’opacité des prises de décisions de l’Union, notamment au sein de groupes de travail agissant sans aucun contrôle démocratique. Mais l’agenda est riche, puisqu’il vise, à terme, la formation d’une assemblée constituante européenne et d’ici là un grand nombre d’actions de lutte contre la crise économique et démocratique dans l’Union.

 

On le voit, le PlanB comme le DiEM25, tous deux lancés cet hiver 2016, se proposent de lutter contre l’emprise de la finance sur la politique en et de l’union Européenne. Ils s’annoncent comme des mouvements proactifs, à même de préparer l’alternative face au naufrage d’une Union de moins en moins au service de ses citoyens.

 

Leurs divergences sont autant de nature programmatique que culturelle. Le Plan B envisage des mobilisations d’échelle nationale, le DiEM 25 se définit comme mouvement paneuropéen. Le Plan B regroupe aussi, de fait, une part importante de militants souverainistes de gauches, attirés par les propositions de certains de ces membres d’une sortie « sèche » de l’Euro voir de l’Union. Le DiEM25 se pose comme rempart aux deux périls majeurs en Europe, son enfoncement dans une anti-démocratie ultralibérale d’une part et le repli national façon années 30 d’autre part.

Controverses

Nombreux sont les militants du plan B, dont Fréderic Lordon qui s’est fendu d’un billet fort ironique à ce sujet, critiques de la naïveté qu’ils trouvent à la démarche du DiEM25, mouvement qui reconnaît par ailleurs l’optimisme de sa démarche. (Quand on y réfléchit bien, l’agenda du PlanB repose sur une prise de pouvoir à l’échelle nationale, sans laquelle il ne pourra rien faire, ce qui est pour le moins, dans notre contexte, aussi une forme d’optimisme). A l’inverse, la mise en garde argumentée du DiEM25 contre un repli national dont les conséquences à court terme seraient incontrôlables en termes de dérives inflationnistes au sud et déflationnistes au nord, de crise économique subséquente et de montée du nationalisme qui en découlerait, sont une réponse à la tentation souverainiste d’une partie des activistes du plan B.

 

J’ai choisi pour ma part de participer, indépendamment de mes appartenance partisanes à l’échelle nationale, au DiEM25, en signant son manifeste (je vous invite à en faire autant et à nous rejoindre), en m’inscrivant sur les forums et en rejoignant un groupe local, qui s’engage actuellement dans la campagne pour la transparence en Europe et souhaite être force de proposition (les statuts nous y invitent) pour le mouvement. L’occasion était trop belle d’un optimisme combattif retrouvé, avec des militants de tous horizons, ayant tous à cœur le double objectif d’une Europe démocratique et œuvrant à l’intérêt général et à la justice sociale.

 

Je garde un œil plein d’intérêt pour l’initiative du Plan B  qui fourmille d’idées alternatives, même si ma préférence va à l’esprit paneuropéen et tourné vers l’action au présent, dans et pour l’Europe et ses citoyens, sur plusieurs sujets (économie, réfugiés, transition écologique, transparence…) qui caractérise l’initiative DiEM25.

 

Aucune échelle, dans le combat pour la justice sociale, la démocratie et l’écologie, ne doit être négligée. Ni locale, ni nationale, ni continentale. Je vous invite donc à jeter un œil à ces deux initiatives et à vous y engager, selon votre culture politique, vos gouts et vos opinions au regard de l’Europe.

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