Contre discours

J’ai allumé la radio ce matin. Et j’ai reconnu sa voix.

Philippot, la jeune garde du FN.

J’ai voulu changer de chaîne, bien sûr.

Et puis non. J’ai écouté.

J’ai écouté parce qu’il nous bien comprendre le « grand récit » que nous propose le FN, si nous voulons le contrer, ou mieux, le dépasser.

Et ce que les affiches frontistes pour 2017, ce que les éléments de langage du FN dessinent, c’est le récit d’une « France apaisée » , qui aurait choisi la voie de la Patrie, de la « souveraineté nationale » contre le chemin du « post-national ».

Ces éléments, autour desquels le discours du FN sera martelé, sont d’une redoutable efficacité. Ils parachèvent la volonté de « normalisation » de ce parti, ils en présentent une figure assagie, et permettront d’agglomérer les courants souverainistes à un discours qui cherchera a imposer ses thèmes dans les débats, afin notamment de se présenter en seule alternative au « système » mondialisé.

Bidon

Clarifions tout de suite les choses, quitte à rappeler des évidences : évidemment, ce discours est totalement bidon. Il n’en demeure pas moins qu’il va se déployer, et chercher à polariser les débats autour du clivage qu’il définit.

Nous avons très peu de temps, d’ici 2017, pour que s’impose un autre discours, porteur d’universels à même de surplomber celui que nous prépare le FN.

Plutôt que d’apporter de l’eau au moulin frontiste, en reprenant ses cadres sémantiques pour essayer de se les réapproprier, je pense qu’il va nous falloir parler de la souveraineté populaire et de ses expressions à toutes les échelles, locale, nationale et européenne, et de ce en quoi elle peut être une force digne, généreuse, soucieuse du bien-vivre de tous, et j’ose le mot, une force joyeuse.

Il faut débunker le mythe d’une France rabougrie, d’une France assiégée par le monde, que Marine Le Pen et les siens ne manqueront pas de marteler à grand renfort de clochers mignons, en proposant un autre être-ensemble, et d’autres projets communs.

Réfugiés

Et s’il est un thème où nous pouvons radicalement montrer notre différence d’avec le FN et l’affronter sereinement et en rassemblant, c’est celui des réfugiés. Justement celui sur lequel il prend un appui fréquent pour sa dialectique de haine. Et nous pouvons montrer combien nous occuper de ceux qui crèvent aux portes de l’Europe est tout à la fois une occasion de redéfinir la dignité de nous tenir ensemble, et de lancer ce faisant une nouvelle donne qui profite à tous, par l’investissement.

Comment ?

Le dire, c’est ce que se sont attachés à faire plus de 70 intellectuels allemands, issus des divers horizons de la gauche, de l’écologie et du syndicalisme, dans une tribune que je vous invite à lire.

Ce qu’ils proposent, à rebours des discours sur l’Europe forteresse austère, c’est « un programme spécial commun, financé par exemple par des emprunts obligataires, pour des appartements, des écoles, des hôpitaux et des emplois pour que les municipalités prêtes à accueillir des réfugiés puissent se porter candidates pour y participer. » Ils proposent de coupler cette politique avec une relance de l’investissement national vers les infrastructures d’éducation, vers le service public, vers le logement.

Et c’est par ce couplage, effectué par une Europe qui tournerait le dos à l’austérité suicidaire, par ce couplage entre investissement pour le digne accueil des réfugiés et pour l’avenir de tous ceux qui vivent sur le territoire, qu’ils proposent à mon sens une voie originale, un contre discours, à même de combattre celui de la droite extrême.

Parce qu’ils proposent de joindre le digne accueil des réfugiés à l’amélioration de notre vie et l’investissement dans notre avenir à tous. Parce que ce faisant, ils montrent un chemin où nous vivons mieux ensemble, où nous marchons ensemble. Parce que par cette voie, ils proposent un programme d’édification du peuple par le partage, le travail commun à une société plus accueillante, plus juste, plus prospère et prévoyante. Et qu’ils invoquent pour cela la nécessité d’action à toutes les échelles : dans les collectivités qui souhaitent participer, à l’échelle des états pour les programmes d’investissement d’avenir, et à l’échelle de l’union pour les infrastructures d’accueil digne des réfugiés.

Dignité partagée

Moi, je voudrais que la personne pour qui je voterai en 2017 propose un récit puisant à la même inspiration que celle qui sous-tend ce texte. Qu’il reponde au récit du FN en affirmant qu’il est possible d’accueillir les réfugiés et d’en faire l’occasion d’une politique d’investissement pour le mieux-vivre de tous les habitants du Pays, pour plus de partage, et pour la dignité de tous. Qu’il est possible d’imposer, aux côtés d’autres pays qui le souhaitent, un changement profond de cap en Europe pour permettre cette politique et la généraliser, face au gouffre de l’austérité. Que c’est une question de dignité partagée par nous tous, ici. Qu’il y aura des bras de fer contre les forces de la division et de la haine et contre celles des tenants de l’ordre injuste, ici comme à l’échelle européenne. Mais qu’on les tiendra, au nom de cette dignité partagée et des bonheurs d’être ensemble.

Voilà, c’est à peu près ce que j’aimerais entendre pour 2017, sur ce thème et parmi d’autres choses.

Justement pour que les gens se voient proposer autre chose que le discours du FN et celui des tenants de l’ordre établi.

Plein d’espoir, je vous souhaite une bonne fin de semaine.

 

(source image: wikipedia)

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