Gauche 2017: espoirs et peurs en attendant la recomposition

Voici un petit texte sur la situation de la gauche dans cette campagne, sur les angoisses et les espoirs et sur la nécessaire recomposition qui suivra cette séquence, quels que soient les résultats de dimanche soir. Le texte original a été publié sur le journal en ligne grec The Press Project et est disponible au lien suivant: https://www.thepressproject.gr/frelections/details.php?aid=110266

 

Pour cette élection présidentielle en France, ce sont onze candidats qui s’affronteront lors du premier tour dimanche 23 avril. Et il y a de quoi être perdu, dans cette saga qui joue avec nos nerfs depuis plusieurs mois.

Aujourd’hui, à quelques jours du vote, personne ne peut dire qui figurera à l’affiche du second tour. Vu depuis la gauche, les espoirs de victoire sont minces. Nous avons subi des hauts et des bas incroyables, et nous ne sommes sûrs de rien. Quelle que soit la configuration le soir du scrutin, tout sera à reconstruire.

A l’heure actuelle, deux candidats caracolent en tête des sondages : La nationaliste Marine Le Pen, dont la présence au second tour n’avait jusqu’à maintenant pas fait de doute dans l’opinion comme chez les commentateurs. Et Emmanuel Macron, candidat social-libéral chéri par le Patronat Français, par les éditorialistes mainstream du pays et par nombre de personnalités politiques porteuses du projet austéritaire en France comme en Europe (dont le très ordolibéral ministre des finances Allemand Wolfgang Schauble).

Et la gauche, alors ?

La gauche est divisée. Deux candidats se partagent les précieux vingt-cinq pourcent qui auraient permis, rassemblés, d’envisager plus sûrement la présence d’une gauche affirmée au second tour, et, pourquoi pas, au pouvoir. Hélas, pour paraphraser le penseur Ibn Khaldoun, la gauche Française « s’est mise d’accord pour ne pas être d’accord ».

D’un côté on retrouve Jean-Luc Mélenchon, qui a quitté le parti socialiste il y a près de dix ans, et qui avait déjà porté les couleurs du Front de Gauche en 2012, sur une plateforme rassemblant à l’époque divers partis situés à gauche du parti socialiste. Il avait alors obtenu un score honorable de 11,7%. Cinq ans plus tard, il est de retour, avec une formule populiste tribunitienne assumée, qui se veut « anti-système ». Autour de sa figure charismatique, il pense pouvoir rassembler au-delà de la gauche, avec un programme mêlant d’audacieuses propositions sociales, démocratiques (il veut une sixième république) et écologiques qu’il accompagne de références plus « old school », à la Patrie, à l’alliance historique avec la Russie, à une attitude menaçante vis-à-vis de l’Union Européenne et à une certaine modération sur le dossier des migrants.

Cet étonnant mélange, porté à grands coups de références à De Gaulle par un tribun talentueux, le place actuellement aux portes de la troisième place (il est passé de moins de 10 à près de 20% en un mois). Mais les incertitudes demeurent sur la stabilité de son électorat ainsi que sur les réserves de vote dont il dispose.

De l’autre côté, Benoit Hamon, le candidat socialiste, outsider victorieux à la surprise générale de la primaire sociale démocrate, porte un programme ancré à gauche, ce qui constitue un virage à 180° d’avec le mouvement vers la droite que suit le parti socialiste en France depuis des années. Sa victoire à la primaire, imprévisible, a fait renaître un espoir élevé de voir les socialistes tourner la page d’années de trahison des classes populaires. Les écologistes se sont ralliés à sa candidature, et il défend des positions relativement nouvelles au niveau social, sociétal et environnemental : une sixième république, une taxation des robots et donc du Capital, l’instauration d’un revenu de base universel, un changement de la ligne austéritaire en Europe… Parti d’environ 15 % au lendemain de la primaire, il a quasiment divisé ce score dans les sondages par deux depuis. La faute à son parti, dont beaucoup de cadres sont partis rejoindre le libéral Macron. La faute à l’héritage du PS, porteur jusqu’à maintenant de politiques d’austérité qui n’ont pas été oubliées. La faute, aussi, à un positionnement difficile à proposer entre un Emmanuel Macron très libéral et un Jean-Luc Mélenchon plus porteur de planification.

Ces deux candidats avaient certes des différences dans leurs programmes. Sur l’Europe, sur les dossiers internationaux (et notamment la relation à la Russie), sur les moyens de lancer une sixième république qu’ils souhaitent tous les deux. Des différences de style, d’appareil, aussi, c’est indéniable. Mais il y avait clairement quelque union à trouver autour d’un noyau dur de propositions écologistes et sociales, autour de leurs propositions pour plus de justice sociale, pour une autre Europe, pour une démocratie rénovée, pour la transition écologique. Hélas, du formidable espoir d’union que nous sommes beaucoup à gauche a avoir voulu, demandé et appuyé, rien n’est sorti : l’accord inratable n’a pas été trouvé entre les deux candidatures. Et Le meilleur des deux est loin d’être certain de pouvoir se qualifier pour le second tour.

Et quand bien même Hamon ou Mélenchon y arriverait, il faudrait que son mouvement remporte les législatives qui suivront afin de pouvoir appliquer sa politique. Ou qu’il cherche une coalition qui le lui permette. Or, les alliés même de ces candidats (les communistes pour Jean-Luc Mélenchon, les écologistes pour Benoît Hamon) vont s’ajouter à la concurrence dans la bataille pour le parlement. Nous n’en avons donc pas fini de nous diviser. Et de perdre la course face à la droite, libérale ou nationaliste.

Pour les plus pessimistes (ou les plus réalistes ?), l’enjeu c’est donc la reconstruction d’une opposition forte, unie, pour les batailles suivantes. Mais là aussi, il y a division, il y a des choix de modèles différents : entre le mouvement d’une part, de Jean-Luc Mélenchon très centré autour de sa personne (le tribun n’a jamais montré un grand intérêt pour la démocratie interne et les accords de partis) et dont on ne sait combien de supports il aura après cette séquence. Et celui, d’autre part, de Benoit Hamon, qui traine son parti socialiste si impopulaire comme un boulet. Les autres partis (écologistes, communistes…) ont, de plus, perdu de leur aura, de leurs militants et de leur puissance.

Le plus dur pour la gauche est donc devant elle. A moins qu’à la faveur d’un mouvement social majeur, d’une mobilisation démocratique comme celle amorcée par l’occupation des places il y a un an, ou d’une union face à la tempête, la mayonnaise prenne enfin et qu’une reconfiguration s’opère. Notre espoir à gauche reste, en tous les cas, plus que jamais à construire.

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4 réflexions au sujet de « Gauche 2017: espoirs et peurs en attendant la recomposition »

  1. DIEM 25 Lyon (@Diem25Lyon)

    Ce cycle électoral offre une chance inespérée à la gauche. La qualification de JLM au deuxième tour reste possible : il faut faire appel à la « discipline de deuxième tour » des électeurs de gauche, ce qu’on sait bien appliquer, mais dès le premier tour. L’implosion quasi-complète de soutien à Benoît Hamon reste possible et (malgré tout l’estime que j’ai pour lui) souhaitable.
    J’ai une pensée émue pour les électeurs et militants EELV, dont je suis issu, qui se font, une fois de plus, planter par le PS, encore capable de les étouffer en mourant…
    Allez, encore un effort, peuple de gauche : un deuxième tour JLM/ Le Pen, ou (ma préférence) JLM/Fillon, et la victoire, est à notre portée.

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    1. dareljedid Auteur de l’article

      Bonjour, Merci pour ce commentaire. Je pense qu’il est dangereux de croire qu’on est en guerre de mouvement quand on ne mène plus la guerre de position nécessaire (pour mémoire la droite Macron inclus est à plus de 60%, et je ne vois dans cette présidentielle qu’un « coup » joué). Les arguments du vote utile me laissent plutôt froid. Parce que les responsabilités dans la division sont multiples. Et parce que, notamment dans le cas d’une défaite, je ne veux pas donner de prime à une « solution » ultra-tribunitienne avec laquelle j’ai eu des désaccords sir des sujets cruciaux. Voilà, c’est mon opinion. Bon week-end et bon courage.

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  2. Tapiau Simon

    Comme toujours je te trouve trés juste sur la critique de Melenchon et trés mauvais sur celle d’hamon. Il n’y a rien a attendre du PS , la victoire de hamon a la primaire était completement prévisible (d’ailleur contrairement a ce que tu pense JLM l’avait vut venir c’est la participation qui l’a surpris ). Il faut reconstruire la gauche, probablement pas avec Melenchon comme tu le souligne si bien ( avec sont mouvement peut être par contre ) mais encore moins avec le PS. Il va falloir tout reconstruire et arrêter de s’allier avec des structure ou tout nous indique quelles sont totalement pourris de l’intérieur .

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    1. dareljedid Auteur de l’article

      Mon texte est plutôt équilibré, je trouve. Et cite explicitement le ras le bol du PS, notamment comme facteur bloquant pour Hamon. Pour le reste, merci pour ton opinion, mais le vote Hamon aux primaires témoignait de tout autre chose qu’un goût de la continuité programmatique et institutionnelle du PS telles qu’elles qont en cours depuis des années. On verra.

      Répondre

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